Réduction de la coopération militaire avec la France au Sahel : analyse du discours de souveraineté
Réduction de la coopération militaire avec la France au Sahel : analyse du discours de souveraineté
Depuis 2020, plusieurs pays du Sahel ont progressivement réduit ou mis fin à leur coopération militaire avec la France. Cette évolution marque un changement significatif dans les relations sécuritaires entre les États sahéliens et leur ancien partenaire stratégique. Elle s’inscrit dans un discours de souveraineté nationale de plus en plus présent dans le débat public. Cet article propose une analyse factuelle des causes, des principales étapes et des conséquences de cette reconfiguration sécuritaire.
Contexte historique : une coopération sécuritaire de long terme
Pendant plusieurs décennies, la France a maintenu une présence militaire au Sahel dans le cadre de la lutte contre les groupes armés et du soutien aux armées nationales. Cette coopération reposait notamment sur :
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l’opération Barkhane (2014–2022) ;
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des accords de défense bilatéraux ;
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des bases militaires et des missions de formation.
Avec le temps, cette architecture sécuritaire a été de plus en plus contestée. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :
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une perception d’efficacité limitée face à l’insécurité persistante ;
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des critiques liées à l’héritage post-colonial ;
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la montée de discours nationalistes ;
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l’émergence de nouveaux partenaires internationaux.

Principales étapes de la reconfiguration (2020–2025)
Mali
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2020–2021 : changements politiques internes et remise en question de la coopération militaire existante.
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2022 : annonce du retrait progressif des forces françaises et réorganisation du dispositif sécuritaire national.
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Fin 2022 : fermeture des bases françaises.
Burkina Faso
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2022 : transition politique et révision des partenariats militaires.
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2023 : fin officielle de la présence militaire française sur le territoire.
Niger
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2023 : changement de régime et suspension des accords de défense.
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2024 : retrait des forces françaises et réorganisation des bases militaires.
Ces décisions ont été présentées par les autorités locales comme relevant d’un choix stratégique souverain.
Le discours de souveraineté mis en avant par les autorités
Les gouvernements concernés justifient cette réorientation par plusieurs arguments récurrents :
Affirmation de la souveraineté nationale
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Volonté de maîtriser pleinement les décisions en matière de sécurité.
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Réévaluation d’accords jugés inadaptés au contexte actuel.
Évaluation de l’efficacité sécuritaire
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Bilan jugé insuffisant des opérations militaires étrangères.
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Priorité donnée à des solutions nationales ou régionales.
Dimension politique et sociale
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Pression de l’opinion publique sur la question de la présence étrangère.
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Recherche d’une légitimité renforcée auprès des populations.
Diversification des partenariats
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Coopérations élargies avec d’autres pays et organisations.
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Recherche d’alternatives en matière de formation et d’équipement.
Réactions internationales
Position de la France
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Mise en avant des efforts de formation et de soutien aux armées locales.
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Réorientation stratégique vers d’autres zones du continent africain.
Organisations régionales et internationales
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Appels au dialogue institutionnel.
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Préoccupations concernant la stabilité régionale et la lutte contre l’insécurité.
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Suivi attentif de l’évolution de la coopération sécuritaire.
Conséquences observées
Sécurité
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Résultats contrastés selon les zones.
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Défis liés à la coordination régionale.
Économie et aide internationale
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Ajustement des programmes de coopération.
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Impact indirect sur certains financements internationaux.
Diplomatie
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Renforcement de nouvelles alliances.
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Redéfinition des relations avec les partenaires traditionnels.
Société
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Montée des débats autour de l’indépendance stratégique.
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Opinions publiques partagées sur les choix opérés.
Perspectives à moyen terme
Plusieurs scénarios sont envisagés par les analystes :
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consolidation progressive des capacités sécuritaires nationales ;
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nécessité d’investissements durables dans la formation militaire ;
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possible émergence de nouveaux cadres de coopération internationale ;
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maintien d’un dialogue diplomatique avec l’ensemble des partenaires.
Conclusion
La réduction de la coopération militaire avec la France au Sahel s’inscrit dans une dynamique plus large de redéfinition des relations internationales et de revendication de souveraineté. Si les motivations politiques et symboliques sont clairement exprimées, les effets à long terme sur la sécurité et la stabilité régionale restent à évaluer. L’évolution de ces choix constituera un élément clé pour l’avenir géopolitique du Sahel.
Sources (liens vérifiés)
- Ministère des Armées (France)
→ (communiqués sur Barkhane et le retrait). - ONU – UNOWAS (Bureau pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel)
→ (rapports sur la sécurité au Sahel). - Union africaine
→ (déclarations sur les transitions politiques). - CEDEAO
→ (positions sur les ruptures militaires).